Le Carmel de Bruxelles 1607 – 2015

Un peu d’histoire

Lorsque Thérèse d’Avila meurt le 4 octobre 1582 se disant « fille de l’Eglise », elle a l’intuition que le Carmel transplanté de la Terre Sainte en Espagne, continuera à pousser des rameaux à travers le monde.En 1604, sœur Anne de Jésus (de Lobera), compagne de Thérèse d’Avila, fonde avec cinq autres compagnes des Carmels en France. C’est au Carmel de Dijon que sœur Anne de Jésus reçoit de l’Infante Isabelle l’invitation de fonder un Carmel à Bruxelles. La demande est accueillie avec grande ferveur et le 30 décembre 1606, Anne de Jésus emmène avec elle Béatrice de la Conception et Marie de St Albert. La petite troupe s’arrête à Paris pour emmener Eléonore de St Bernard. On prend aussitôt le chemin de la Belgique en passant par Pontoise, puis Amiens d’où se joignent encore quelques sœurs. Reçues avec joie par les Archiducs Albert et Isabelle, Anne de Jésus et ses compagnes s’établissent provisoirement le 22 janvier 1607 dans une maison proche du Palais.

Le 25 mars 1607, en présence de son Eminence Mgr Mathias Havius et des Archiducs, on procède en grande pompe à la pose de la première pierre du monastère. C’est en 1611 que la communauté en prendra possession.

Le 15 octobre 1607, le noviciat comptait déjà neuf soeurs. Pour animer et former la communauté, sœur Anne de Jésus, prieure, sollicite le concours des carmes déchaux réformés par Ste Thérèse ; ils arriveront seulement d’Espagne en 1610. La prospérité de la fondation et le nombre croissant de vocations permettent d’essaimer vers Louvain, Mons, Malines et Gand. En 1612, des sœurs de Bruxelles, Mons, Louvain fondent le Carmel de Cracovie en Pologne. Après une longue maladie, Mère Anne de Jésus, maître d’œuvre infatigable de nombreuses fondations en Espagne, France, Belgique et Pologne, s’éteint à Bruxelles le 4 mars 1621.

Durant plus d’un siècle et demi, le Carmel de Bruxelles vécut sans histoires, poursuivant ses fondations : Namur en 1673 et Ruremonde en 1698. A la fin du 18e siècle, le despotisme de Joseph II amène la suppression des couvents dans nos Provinces. Le Carmel et la chapelle furent détruits. C’est l’exil vers Paris où sœur Thérèse de St Augustin, Madame Louise de France, fille de Louis XV accueille les carmélites de Bruxelles au Carmel de St Denis le 14 juin 1783. En 1790, c’est le retour à Bruxelles dans un accueil enthousiaste à l’abbaye bénédictine de Forest en attendant que fut construit un nouveau monastère qu’elles occuperont en 1791, mais pour bien peu de temps, puisqu’en 1796, devant les Jacobins qui occupaient Bruxelles, la communauté fut condamnée à la clandestinité dans une détresse qui ne fit que s’accroître. Le monastère étant devenu bien national, c’est dans des circonstances bien pénibles que le Comte de la Serna leur offrit une maison rue Haute. Nous sommes en octobre 1812. Les carmélites pensaient enfin jouir de la paix, il n’en fut rien ! La Belgique passée sous le régime hollandais par le Congrès de Vienne, Guillaume imposa ses lois vexatoires. Il fallut refuser des postulantes durant plusieurs années.

Enfin une ère de paix commence avec l’indépendance de la Belgique et l’accession au Trône de Léopold I. On envisage la construction d’un troisième monastère, rue du Cygne. En septembre 1834, les carmélites en prennent possession. C’est le premier couvent qui, au lendemain de la Révolution de 1830 bénéficie en Belgique des libertés inscrites dans la Constitution. Mais ainsi va la vie. Lors de la construction du Palais de Justice, le monastère est exproprié. Il faut trouver un autre terrain. En 1891 est posée la première pierre du Carmel actuel rue de la Source à St Gilles. La communauté en prend possession le 4 juillet 1892. En 1965, à la demande de l’Archidiocèse, les carmélites cèdent leur chapelle à la nouvelle paroisse St Bernard. Le 1er octobre 1966, la première pierre est posée d’une moins grande chapelle rue de Lausanne, 22 à St Gilles.

« Ce qui est fondé sur Dieu demeure à jamais », disait Anne de Jésus. C’est ce qui ressort de la fondation du Carmel de Bruxelles qui, au fil des siècles a su persévérer dans un témoignage humble et fervent au cœur de nombreux tourments, guerres, privations et exil. La pauvreté fut certes la pierre fondamentale d’un long chemin de foi et de zèle apostolique pour l’Eglise et le monde. Les sœurs s’appuyaient audacieusement sur Dieu avec le dynamisme de l’espérance, chacune étant déterminée à vivre l’idéal contemplatif de solitude, de silence et de vie fraternelle transmis par Anne de Jésus qu’elle reçut elle-même directement de Thérèse d’Avila. Actuellement comme au fil des siècles, le Carmel est toujours un espace de louange et de prière au cœur de la ville de Bruxelles.